Né à Bruxelles, Philippe Trefois s’installe en 2004 en Provence, dans les Bouches du Rhône, afin de se consacrer à la peinture.

L'ATELIER ERRANT DE PHILIPPE TREFOIS

Peinture grave, tout droit issue d'un monde onirique où se bousculent des personnages en apesanteur. Philippe Trefois, en une démarche expressionniste post-moderne singulière semble utiliser la tenaille plutôt que le pinceau : foisonnement instinctif où sanglote une désespérance à la Munch, où s'insurgent des luttes chromatiques, où l'intérieur du fantasme prédomine sur la figuration narrative.
C'est que le cadre craque de toutes parts devant l'urgence ainsi liquéfiée. La toile, pourtant de taille respectable, est-elle trop petite pour contenir le rêve ?

Ebullitions incessantes allant à l'essentiel, amarrées à une condition humaine en déshérance,
où convulsent les corps, se condensent les âmes et se taisent en lourds silences les protagonistes d'une tragique Réunion de famille. Le titre lui-même de l'oeuvre donne à l'huile un relief supplémentaire.

Respirations de fosses profondes, les éléments figurés reviennent parfois d'un tableau à l'autre,
errent, traquent le regard du spectateur, s'enlisent pour renaître dans un enfer de Dante, agitent leurs squelettes et quémandent un rai de lumière. Affamés, ils étreigent leurs songes, hurlent,
entrouvent l'ossuaire des secrets. Ici l'on brise des chaînes, ici l'on défie les profils du quotidien.

Visiter l'atelier de cet artiste-peintre est un acte de foi. Pénétrer dans sa géhenne de toiles grand
format est un fait d'armes. Toucher du doigt les paroxysmes de Trefois ressemble à une brûlure.
Celle de la création.

Claude Luezior
Lauréat de l'Académie française
Octobre 2016



    CRIER, EXISTER, TENTER DE DIRE l’URGENCE VITALE DE L’INSTANT

Les personnages de Philippe Trefois nous regardent de façon frontale, comme un défi. Ils hurlent quelque chose que l’on ne peut entendre qu’en laissant la couleur et la coulure nous traverser. Ils nous approchent comme ces amis de toujours qui se présentent sous un jour nouveau. Pourquoi se mettent-ils aujourd’hui à crier ?
Ce cri ou plutôt ces cris s’autorisent du mythe fondateur de l’énergie expressionniste où crier est aussi exister. Ce cri brutal de l’artiste pourrait tout autant s’inscrire dans le champ de l’art brut.

Trefois vit dans le monde, le monde tel qu’il se révèle au sujet du tableau ; ce monde en contrechamp doit être interpellé sans fioritures ni ornements. Mais quels sont ces mots proférés à notre encontre ? Ou plutôt, quels sont ces mots qui vont à notre rencontre ?

Eh bien, nous ne le saurons jamais ! Car ces visages premiers et soutenables nous invitent à hurler non pas avec les loups mais avec les hommes. Un défi vous disais-je !

Trefois peint sans noirceur. La sombre humeur que supposent ces féroces vociférants se déchire en fragments orangés et en coulures grisées, ou l’inverse : variations intempestives et atemporelles pour tenter de dire l’urgence vitale de l’instant.
Pourtant dans ce cadre étouffant quoiqu’incertain, la figure s’abîme et l’on perçoit une respiration qui ressemble à un passage du temps. Trefois peint du tréfonds, avec les moyens du bord, qui est aussi le bord de notre gouffre quotidien.

Texte d’Antoine Campo publié dans l’ouvrage intitulé : L’expressionnisme Contemporain, 200 oeuvres de Chair et de Sang – Editions Lelivredart – 2010 -




D’une tonalité quasi tragique qui apostrophe, les figurations que trace le pinceau, s’empressent, au travers de leur contenu formel secret sinon initiatique, de nous faire partager la vision intérieure, hyperesthésiée et, radicalement tourmentée de l’artiste dans son rapport au monde.
De cet état d’être, dont il n’assume jamais la condition aussi fidèlement qu’au travers de son art, Philippe Trefois nous livre, notamment dans la série des portraits, des apparitions d’une force aussi inhabituelle que fascinante et dont la perception profonde ne peut que renvoyer l’observateur à l’expérience de la lucidité la plus impitoyable.
Œuvre d’un expressionnisme original et difficile, sensible et vrai ; œuvre encore d’un achèvement technique, intégré de la manière la plus personnelle, le travail pictural de l’artiste porte en lui-même cette vertu essentielle de se préoccuper d’une humanité en train de se faire.
Aussi, parce qu’elle se fonde sur une représentation maîtrisée des tensions essentielles de la vie, parce qu’elle se situe au cœur des inquiétudes de tout être qui souhaite atteindre à lui-même. L’œuvre peinte de Philippe Trefois ne saurait laisser quiconque indifférent, tant ses exigences intérieures puissantes et vraies traduisent l’impératif d’une authentique et éternellement quête de la vérité de soi.


Robert Laurent
Critique d'Art
2011



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